La formation immersive s’est imposée ces dernières années comme un levier puissant pour aborder des situations complexes, à risques ou difficilement accessibles. La réalité virtuelle, en particulier, a démontré sa capacité à engager les apprenants, à contextualiser les apprentissages et à rendre concrètes des situations jusque-là abstraites. Et au fil des retours terrain, une idée simple se précise : selon l’objectif pédagogique visé, une même modalité ne joue pas toujours le meilleur rôle à chaque étape.
C’est de ce constat qu’émerge une approche encore peu répandue, mais particulièrement structurante : la bimodalité immersive, fondée sur l’articulation intentionnelle de la réalité virtuelle (VR) et de la réalité mixte (MR) au sein d’un même dispositif de formation. Loin d’une juxtaposition technologique, cette approche repose sur une répartition claire des fonctions pédagogiques entre les deux modalités.
Deux modalités, deux fonctions pédagogiques complémentaires
La réalité virtuelle excelle lorsqu’il s’agit d’installer un contexte. Elle permet à l’apprenant de se projeter dans un environnement crédible, de comprendre une situation dans sa globalité et d’entrer dans un rôle professionnel. Le cadre immersif structure l’attention, favorise l’engagement et soutient l’analyse initiale, sans chercher nécessairement une reproduction exhaustive du réel.
La réalité mixte, en revanche, mobilise un autre registre. En projetant les objets pédagogiques dans l’espace réel de formation, elle permet une observation fine, des manipulations précises et une analyse plus posée. L’apprenant reste ancré dans ses repères corporels et peut échanger directement avec le formateur. Cette continuité avec l’environnement réel favorise la verbalisation des raisonnements, la prise de recul et l’apprentissage réflexif.
Pensée ainsi, la bimodalité ne se substitue pas à la réalité virtuelle : elle l’étend. Elle permet de combiner une immersion très engageante et contextualisante (VR) avec une phase de consolidation plus structurée et interactive (MR), au service d’un apprentissage durable.
Une convergence technologique qui facilite la bimodalité
L’émergence de casques dits “mixtes” change également la donne. Les dernières générations d’équipements permettent, avec un seul casque, de basculer d’un mode VR (immersion totale) à un mode MR (pass-through / ancrage dans l’environnement réel). Cette convergence ouvre des perspectives très concrètes pour les projets de formation : un même parc matériel peut couvrir plusieurs usages, et un même développement logiciel peut être conçu pour fonctionner sur les deux modalités, en adaptant simplement certains paramètres d’interaction, d’affichage ou de repères.
Autrement dit, la bimodalité n’implique pas nécessairement deux projets, deux déploiements ou deux équipements. Elle peut être pensée comme une continuité pédagogique, rendue possible par une continuité technologique.
Changer de contexte pour renforcer le transfert
Le cœur de l’intérêt pédagogique de la bimodalité réside dans le maintien d’un invariant fort — mêmes objets, mêmes situations, mêmes problématiques — confronté à des contextes d’expérience différents. En changeant de modalité tout en conservant le fond du problème à résoudre, l’apprenant est amené à reconstruire son raisonnement, à ajuster ses repères et à consolider ses acquis.
Ce mécanisme renforce le transfert des compétences. Les connaissances ne sont plus associées à un seul environnement, mais deviennent mobilisables dans des cadres variés, plus proches des situations professionnelles réelles. La réalité mixte peut aussi contribuer, selon les publics et les durées d’exposition, à réduire la fatigue et à rendre l’expérience plus accessible.
Autrement dit, la bimodalité n’implique pas nécessairement deux projets, deux déploiements ou deux équipements. Elle peut être pensée comme une continuité pédagogique, rendue possible par une continuité technologique.
Une immersion compatible avec la pédagogie collective
Autre apport majeur de la bimodalité : sa capacité à préserver la dimension collective de la formation. Là où certaines séquences immersives peuvent se vivre de manière très individuelle, la réalité mixte maintient une proximité physique avec le formateur et le groupe. L’expérience devient alors un support de discussion, d’argumentation et de débriefing, plutôt qu’une parenthèse isolée.
Les dispositifs bimodaux s’intègrent ainsi plus naturellement dans des parcours existants, en présentiel ou en blended learning, sans imposer de rupture organisationnelle lourde.
Ce mécanisme renforce le transfert des compétences. Les connaissances ne sont plus associées à un seul environnement, mais deviennent mobilisables dans des cadres variés, plus proches des situations professionnelles réelles. La réalité mixte peut aussi contribuer, selon les publics et les durées d’exposition, à réduire la fatigue et à rendre l’expérience plus accessible.
Autrement dit, la bimodalité n’implique pas nécessairement deux projets, deux déploiements ou deux équipements. Elle peut être pensée comme une continuité pédagogique, rendue possible par une continuité technologique.
Une mise en œuvre concrète pour INERIS
Cette approche a été mise en œuvre par INERIS dans le cadre de formations dédiées à l’inspection d’équipements électriques en environnement ATEX. L’enjeu était de former à des situations critiques impossibles à reproduire en conditions réelles, tout en garantissant sécurité, confort et efficacité pédagogique.
Le dispositif développé repose sur un simulateur immersif bimodal, permettant d’aborder les mêmes équipements successivement en réalité virtuelle puis en réalité mixte. La VR est mobilisée pour comprendre le contexte industriel et structurer l’analyse globale. La MR prolonge ensuite l’apprentissage en projetant les équipements dans la salle de formation, favorisant l’observation détaillée, l’échange avec le formateur et la mise en mots des décisions prises.
Ce retour d’expérience illustre une évolution plus large du digital learning immersif : des dispositifs moins centrés sur la technologie pour elle-même, et davantage sur la manière dont les modalités se complètent pour servir les objectifs pédagogiques.
Vers une formation immersive plus mature
En articulant réalité virtuelle et réalité mixte de manière intentionnelle, la bimodalité ouvre une nouvelle étape de la formation immersive. Une étape où l’immersion reste le moteur de l’engagement et de la compréhension, et où l’on renforce encore l’efficacité pédagogique en combinant contextualisation, analyse et transfert vers le terrain.
Et surtout, cette évolution ne remet pas en cause la VR « seule » : elle confirme sa place centrale. Dans de nombreux contextes, la VR constitue déjà un dispositif complet, pertinent et très efficace — notamment lorsqu’il faut immerger rapidement, standardiser une expérience, former à des environnements inaccessibles ou travailler la prise de décision sous contraintes. La bimodalité vient plutôt offrir une option supplémentaire, lorsque le scénario pédagogique gagne à enchaîner immersion contextuelle (VR) et consolidation “dans le réel” (MR).
